jeudi 21 avril 2016

Un FBI européen contre le terrorisme? La fausse bonne idée..

Depuis les attentats de janvier 2015 à Paris, des voix se font entendre pour réclamer la création d'un FBI européen ou d'un grand service antiterroriste au niveau de l'Union. C'est, à mon avis, une fausse bonne idée et ce pour au moins cinq raisons:

1) La sécurité, ou plus exactement la "sûreté", même si certains de ses aspects sont couverts par le "troisième pilier" de la construction européenne reste, fondamentalement, une compétence nationale pour ne pas dire régalienne. Si les Etats de l'Union ont des intérêts communs dans certaines matières - la lutte contre le terrorisme, mais également contre l'immigration clandestine ou le crime organisé, pour n'en citer que trois -, ils sont divisés sur bien d'autres point. Les intérêts de la France, de la Belgique et de la Grande-Bretagne sont-ils les mêmes en Afrique, par exemple? On peut en douter. Une agence européenne ne pourrait donc avoir qu'un spectre d'action limité.

2) Les politiques de sûreté déjà gérées au niveau de l'Europe ne le sont pas de manière satisfaisante: qui peut dire que le contrôle extérieur des frontières de l'espace Schengen sont suffisamment sécurisées? Que l'Europe commence par faire ce qu'elle doit dans les matières qui lui sont déléguées...

3) Il faudra un accord politique pour établir un FBI européen et il devra, si l'on veut agir au niveau de l'ensemble de l'Union, être pris à l'unanimité. Or les positions sont divergentes. La France, par exemple tente d'éliminer physiquement les dijahistes français (et européens) présents en Syrie et en Irak et prône la prison pour ceux qui rentrent en Europe tandis que le Danemark les considères comme des "garçons égarés qui ont fait un voyage et qu'il faut aider à rentrer à la maison et à se réinsérer" (ceci caricature à peine la position de Copenhague...). Comment concilier ces deux positions antagonistes? L'accord sera donc un accord a minima, au plus petit dénominateur commun, et on voit mal ce que les pays les plus menacés et les plus actifs (France, Grande Bretagne mais aussi Allemagne ou Belgique) auraient à y gagner....

4) De l'avis général, nos services nationaux manquent encore de moyens. Créer un FBI européen, ce serait distraire encore plus de moyens financiers qui pourraient, beaucoup plus utilement, être investis par chaque pays dans sa propre sécurité.

5) Last but not least, créer un "machin" de plus, prendra du temps: il faudra trouver un accord politique, embaucher ou muter le personnel (cette dernière option ayant pour effet de diminuer encore l'efficacité de nos service), trouver un lieux d'implantation, définir des méthodes de travail, etc. Bref, dans le meilleur des cas, l'agence européenne serait en état de marche dans trois ans, au minimum, or la menace, elle, est immédiate.

Bref, on fait fausse route en allant dans cette direction. Ce que l'Europe peut et doit faire c'est pousser les Etats membres à renforcer leurs législations et à collaborer plus étroitement et ce qui doit être fait au niveau national, c'est renforcer les capacités d'analyse des services en engageant, comme cela se fait dans certains pays anglo-saxons, des analystes capables de penser "out of the box" et d'apporter un sang neuf et des idées nouvelles à l'analyse du renseignement touchant le terrorisme. 

Ce n'est pas en empilant les structures qu'on gagnera cette "guerre" mais en rendant plus efficaces et plus réactives celle qui existent déjà.  


Vous pouvez me suivre sur Facebook ( https://www.facebook.com/claude.moniquet) ou Twitter (@ClaudeMoniquet )  et suivre mon organisation sur son site: http://www.esisc.org, sur Facebook (https://www.facebook.com/esisc) ou sur Twitter (@EsiscTeam) 

samedi 17 janvier 2015

Belgique: Bruxelles marque des points dans la lutte contre le terrorisme

Une semaine, presque jour pour jour après les tueries de Paris, la Belgique vient de frapper un coup sévère contre les filières djihadistes: jeudi soir, une douzaine d'opérations de police ont été lancées pour l'essentiel à Verviers et à Bruxelles. Bilan, deux morts du côté terroriste et treize arrestations. Trois des suspects ont été placés en détention et deux autres, bien qu'inculpés, ont été laissés en liberté et placés sous contrôle judiciaire. L'opération a permis de démanteler une cellule terroriste opérationnelle et son réseau logistique. Depuis, deux autre suspects ont été arrêtés en France, alors qu'ils s'apprêtaient à passer en Italie et leur extradition sera demandée par Bruxelles.

Contrairement à ce que l'on pouvait penser et aux rumeurs qui couraient jeudi soir, cette opération n'a rien à voir avec les attentats de Paris: l'enquête était en cours depuis plusieurs mois et s'était accélérée depuis quelques semaines. Si la police a décidé de passer à l'action jeudi, c'est qu'un renseignement précis recueilli in extremis par des"moyens spéciaux" dans le détail desquels il n'est pas nécessaire d'entrer ici, ont révélé que le passage à l'acte était "imminent": "Une question d'heures", nous dit-on, ce qui permet de penser que des attentats auraient eu lieu dès vendredi matin.

Le réseau ciblait essentiellement, mais pas seulement, la police. Un choix qui n'a rien d'étonnant puisqu'il a été déjà été remarqué au Canada, à New-York ou en France: la police est, avec l'armée l'un des symboles les plus visibles de l'autorité de l'Etat et nombre de djihadistes ayant un passé criminel ont des raisons personnelles d'en vouloir aux hommes et aux femmes en bleu.

La menace immédiate a donc été écartée. Cela ne signifie évidemment pas qu'il faut baisser la garde....

Le gouvernement, en place depuis à peine quelques mois et qui a fait du renforcement de la sécurité l'un de ses chevaux de bataille a d'ailleurs annoncé un plan en douze mesures destiné à améliorer la lutte contre le terrorisme.

O Création d'une nouvelle infraction terroriste relative au déplacement à l'étranger à des fins terroristes

O Élargissement de la liste des délits permettant l'utilisation des "méthodes particulières de recherche" (écoutes téléphoniques, "sonorosation" de lieux privés "conspiratifs", etc.): l'incitation au terrorisme, le recrutement, les déplacement à l'étranger à des fins terroristes permettront désormais l'emploi de ces méthodes.

O Élargissement des possibilités de retrait de la nationalité (uniquement, bien entendu, pour les doubles-nationaux).

O Retrait temporaire de carte d'identité, refus de délivrance et de retrait de passeport pour les personnes présentant un risque pour l'ordre public et la sécurité et suspectés, par exemple, de vouloir se rendre à l'étranger à des fins terroristes.

O Possibilité de gel des avoirs nationaux liés au financement du terrorisme.

O Révision de la circulaire "Foreign Fighters" du 25 septembre 2014, simplification des structures actuelles et répartition plus claire des tâches entre les services, mise au point de procédures systématiques.

O Optimisation de l'échange d'information entre les autorités et services administratifs et judiciaires.

O Révision du Plan R (Radicalisme): La révision du plan de 2005 contre la radicalisation sera menée afin de prendre en compte les évolutions récentes.

O Lutte contre la radicalisation dans les prisons: mise en place des moyens d'une meilleure détection des détenus radicalisés, isolement et concentration des détenus pour terrorisme dans deux prisons (une au sud du pays, l'autre au nord) afin d'éviter "l'infection" des détenus de droit commun.

O Réforme des structures du renseignement et de la sécurité.

O Mise à disposition d'effectifs militaires pour appuyer le travail de sécurité publique de la police autour de certains objectifs potentiels des terroristes (comme c'est déjà le cas en France dans le cadre de "Vigipirate").

O Renforcement de la capacité d'analyse de la Sûreté de l'Etat.

C'est beaucoup, mais ce n'est qu'un début. Le député MR Denis Ducarme, par exemple, déposera prochainement un projet de loi visant à ce que les juges puissent prononcer une peine complémentaire pour tout condamné pour terrorisme en l'obligeant à porter, pour un nombre d'années déterminé, un bracelet électronique après sa libération.

Les lois et réglementations qui naîtront de cette réforme en profondeur n'ont rien de "liberticide", elles sont, au contraire, le prix à payer pour protéger la vie des citoyens, la sécurité publique et l'ordre constitutionnel de la Belgique.

Reste que la Belgique n'est pas une île et qu'il faudra également renforcer la coopération internationale entre pays européens mais aussi avec les Etats-Unis, les autres pays occidentaux et, bien entendu, les pays musulmans.

Et reste également qu'il faudra bien, à un moment ou un autre, prendre les mesures qui s'imposent (c'est à dire, probablement, une offensive au  sol) pour tenter d'éradiquer l'Etat Islamique et son califat fantoche qui représentent, aujourd'hui, la plus grave menace sécuritaire qu'ait connu le monde libre depuis des dizaines d'années.

Mais il faut également être prêt à subir de nouveaux attentats: ceux-ci ne pourront jamais être totalement évités car, en ce domaine comme dans d'autres, l'assurance 100% n'existe pas....

lundi 12 janvier 2015

La République, Debout! Mais pour combien de temps?

Au moins 3, 7 millions de personnes, peut-être 4 millions car, à un tel niveau, tout comptage est illusoire: hier, c'est environ 6% de la population française qui est descendue dans les rues de Paris et de dizaines de villes de province pour dire non à la terreur. La "Marche Républicaine" n'a pas seulement été la manifestation la plus importante de l'histoire de France depuis la Libération (et, sans doute, depuis toujours), elle a été l'une des plus importantes de l'histoire mondiale.

"Je suis Charlie", "Je suis flic", "Je suis juif": les slogans disaient la solidarité avec les victimes, toutes les victimes,la présence de nombreux musulmans dans les cortèges, les scènes de fraternisation entre juifs et musulmans et entre manifestants et policiers avaient de quoi réchauffer les coeurs meurtris par deux atroces tueries. Oui hier, nous étions tous fiers d'être français, d'être debout et de montrer au monde que, même si notre pays n'est plus ce qu'il fut, même si nous subissons la crise, même si nous doutons trop souvent de nous-mêmes et de nos valeurs, nous pouvons encore être une grande nation quand le destin frappe à notre porte.

Mais hier, c'était...hier. Désormais, nous sommes dans "l'après" et c'est maintenant qu'il faut être digne de cet immense élan de solidarité. Nous le devons aux victimes. Nous le devons, surtout, à ceux qui, demain, pourraient tomber à leur tour si l'on ne prend pas la juste mesure des choses....

D'abord, bien entendu, nous devons avoir le courage de regarder les choses en face, mais sans à priori et de ne pas nous livrer à la traditionnelle "chasse au scalp" qui accompagne trop de drames. Oui, il y a eu, incontestablement, des erreurs: mauvaise estimation de la dangerosité des suspects, pourtant déjà connus des services de police et de renseignement, manque de communication avec nos alliés - nos amis Américains nous ont-ils tout dit des activités de Saïd Kouachi au Yémen? Manque de suivi des "anciens" des réseaux terroristes des années quatre-vingt-dix et du début des années 2000. Etc.
Mais il serait facile et injuste d'accabler la police et les "services". Ce ne sont pas eux qui décident des moyens qui leur sont alloués ni du cadre légal dans lequel ces moyens peuvent être utilisés. Or ces moyens, pour importants qu'ils soient, restent, clairement, insuffisants.

La DGSI (Direction Générale de la Sécurité Intérieure) compte environ 3000 fonctionnaires (et devrait atteindre les 3600 dans les cinq ans). Sans révéler de secret, cela signifie qu'environ 2000 à 2600 des ses membres sont des policiers habilités secret défense et formés à l'enquête et à la surveillance (les autres étant des fonctionnaires civils, du personnel technique, etc.). Et le service n'a pas à lutter que contre le terrorisme et la violence radicale (d'où qu'ils viennent, un certain nombre de ces hommes sont, par exemple, dévolus à la lutte contre le FLNC en Corse, ou à la surveillance des milieux d'extrême droite ou d'extrême gauche "dangereux"). Il est aussi en charge de la "contre-ingérence", de la prévention de divers trafics, de certaines formes de criminalité organisée, de la protection du patrimoine économique et technique etc. Cela signifie que quelques centaines de personnes seulement participent à la lutte contre le terrorisme islamique.

Au sein de la Police Judiciaire, c'est la SDAT (Sous-Direction Anti-terroriste, autrefois connue sous les noms de 6ème DCPJ ou de DNAT) qui a en charge la thématique. Ici encore, en comptant large on doit trouver quelques centaine de fonctionnaires se concentrant sur la menace djihadiste.

On l'a dit et répété, il faut un minimum de 20 à 30 fonctionnaires (et plusieurs véhicules et motos) pour assurer la surveillance permanente d'une seule cible.

Or si l'on compte qu'environ 1000 personnes sont concernées, en France, par la question syrienne, que plusieurs centaines d'autres ont été impliqués dans des affaires de terrorisme dans les années 90 et 2000 et sont susceptibles de passer à l'acte (comme les Kouachi et Coulibaly)et que plusieurs milliers de radicaux qui peuvent, eux, à tout moment basculer dans la violence les entourent, on arrive rapidement à la conclusion qu'au moins 5000 personnes mériteraient une attention soutenue. Le calcul est vite fait:  mission impossible.

Bien entendu, la surveillance peut prendre d'autres formes, par exemple des écoutes téléphoniques (judiciaires ou "de sécurité") ou le "suivi" des messageries électroniques. Mais encore faut-il que les terroristes aient la maladresse de trop parler ou écrire (ce qui arrive, heureusement, ce ne sont pas des génies du crime....). Par définition, les écoutes judiciaires sont destinées aux affaires à l'instruction. Pour ce qui est des interceptions dites "de sécurité" (non soumises à une commission rogatoire mais malgré tout contrôlées), la capacité, tous services confondus est d'environ 2000 écoutes simultanées possibles (et une fois de plus, tous les moyens ne peuvent pas être dévolus à la seule lutte anti-terroriste, même si celle-ci est une priorité...). En 2012, 6145 interceptions ont fait l'objet d'une demande d'autorisation, dont 4022  demandes initiales et 2123 renouvellements, 19% d'entre elles concernaient le terrorisme (1). Une fois de plus, qu'il s'agisse des capacités ou des demandes, les chiffres parlent d'eux-mêmes....

Ne rêvons pas: les moyens existant peuvent être augmentés et ils le doivent. Mais ils ne seront pas triplés , ni même doublés, et même s'ils l'étaient, on serait toujours loin du compte. Il faut donc faire évoluer le cadre juridique afin de faciliter la lutte anti-terroriste.

Quelques mesures semblent envisageables, encore faut-il avoir le courage politique des les adopter.

Autoriser les services de renseignement à détenir administrativement, pour un temps limité(mais sous contrôle d'un magistrat) les personnes suspectées de présenter un risque grave et imminent. Cette possibilité existe par exemple en Angleterre où ces détentions peuvent atteindre plusieurs semaines: les services ont ainsi le temps d'examiner chaque cas à la loupe et de trouver les preuves éventuelles nécessaires au déferrement devant un juge.

- Faire passer automatiquement quiconque revient d'une terre de Djihad et est suspecté de s'y être entraîné par la "case prison" ou la détention administrative, le temps d'examiner son cas et d'évaluer sa dangerosité (et de recueillir, par interrogatoire, les renseignements utiles). Il est incompréhensible qu'il soit possible de mettre d'autorité en quarantaine un voyageur "normal" revenant d'Afrique de l'ouest et présentant une possible infection par Ebola mais pas un djihadiste présumé...

- Assortir les peines de prison prononcées à l'encontre de terroristes d'une peine complémentaire les obligeant à porter un "bracelet électronique" pour une période à déterminer (mais qui ne saurait être inférieure à cinq ans).

- Adopter la même mesure vis à vis des délinquants qui se radicalisent en prison (sur décision d'un magistrat).

Et ce ne sont là que quelques unes des mesures qui pourraient s'avérer nécessaires.  L'union nationale ira-t-elle jusqu'à permettre leur adoption, ou une fois l'émotion retombée, aurons-nous droit aux hurlements des tenants du politiquement correct et autres droits-de-l'hommistes professionnels?

Notre société va-t-elle enfin sortir de la schizophrénie qui veut qu'elle soit d'une part hyper-protégée mais qu'elle réticente, d'autre part, à toute mesure "attentatoire aux libertés"? Allons-nous enfin comprendre que maintenir la République debout, c'est d'abord la protéger contre ses ennemis?  

(1) Ces chiffres proviennent du rapport officiel 2012-2013 de la Commission Nationale de Contrôle des Interceptions de Sécurité, librement accessibles sur le web...

mercredi 8 janvier 2014

Pourquoi il ne faut pas interdire les spectacles de Dieudonné mais, très simplement, appliquer la loi


Les médias français (et pas seulement eux, mais aussi ceux d’autres pays et de (trop) nombreux intervenants sur les médias dit sociaux…) rabâchent ad nauseam l’affaire Dieudonné. Tant de monde semble découvrir en même temps que le triste clown est devenu un héraut de l’antisémitisme que l’on peut se demander si toutes ces personnes bien intentionnées étaient en hibernation ces dernières années.

La dernière idée en date est, on le sait, de faire interdire les spectacles de « l’humoriste ». C’est le nouveau cheval de bataille de Monsieur Manuel Valls (que j’aime bien mais que j’ai connu mieux inspiré) et le Président de la république lui-même s’implique dans ce dossier, nous apprend la presse.

Je passerai rapidement sur le fait que le battage fait autour de cet individu sert peut-être à masquer les résultats consternants de l’Etat en matière de lutte contre l’insécurité (voir les déclarations du général Soubelet dans Le Figaro du 6 janvier) mais aussi le fait que le chef de l’Etat avait fait de « l’inversion de la courbe du chômage » une affaire personnelle sur laquelle il avait engagé sa responsabilité. L’affaire Dieudonné tombe, donc, à pic, pour, comment dire... changer de sujet…

Non, il y a plus grave : la mesure que l’on veut prendre porte gravement atteinte à nos libertés.

Je n’aime pas Dieudonné et je suis certain qu’il est viscéralement antisémite et révisionniste, deux attitudes qui me répugnent. Mais la liberté d’expression est sacrée et la censure n’est jamais une solution acceptable.

Je m’oppose donc à la censure de Dieudonné, comme je m’oppose à ceux qui veulent établir des lois punissant le blasphème. Dans le monde anglo-saxon, on le sait, on peut tout dire et tout écrire et il fut un temps où , en plein cœur de Londres, à Hyde Park;, on pouvait voir un homme haranguer la « foule » en vantant les mérites du nazisme et un autre se faire l’apologue du communisme. C’est ainsi que je conçois la démocratie et la liberté. Ceux qui les suivent sont des imbéciles. Faire de leurs idoles des martyrs les rendra-t-il plus intelligents ? J’en doute.

J’ai le droit de blasphémer, j’ai le droit d’aimer ou de détester Dieudonné ou Alain Soral, j’ai le droit de mépriser et de condamner le communisme ou le fascisme, j’ai le droit de lire Céline ou Marx, j’ai le droit de regarder des films pornographiques. Mais je dénie ABSOLUMENT à l’Etat le droit de décider ce que je peux voir, lire ou entendre.

Et je pense que les idées se combattent avec des idées, pas avec la censure.

Par ailleurs je pense que l’on est en train de faire à cet épouvantable individu et à ses « idées » nauséabondes une énorme et détestable publicité gratuite (mis à part que, étant donné que ceci est le fait de ceux qui nous dirigeant, cette publicité est faite avec l’argent de nos impôts… )

Reste bien entendu que Dieudonné n’est tient de plus qu’un minable petit délinquant, multirécidiviste de surcroît. Il a été plusieurs fois condamné par les tribunaux, a organisé son insolvabilité et ne paye ni ses amendes ni les dommages et intérêts auxquels il est régulièrement condamné pour la propagande de ses délires répugnants.

Mais des lois existent, l’Etat ne serait-il pas plus crédible (et bien davantage dans son rôle) en les faisant appliquer plutôt qu’en créant une législation  ad hominem » qui ne peut qu’être désastreuse pour la démocratie ?

Laissons Dieudonné s’exprimer. S’il insulte une communauté, dénonçons le. S’il viole la loi, qu’on le poursuive pour incitation à la haine. S’il ne paye pas ses amendes, que l’on fasse exécuter les décisions de justices (à quoi servent les huissiers ?) et que l’on saisisse les recettes de ses spectacles. S’il organise son insolvabilité, qu’on le poursuive et qu’on le fasse condamner pour fraude fiscale, fraude sociale,  blanchiment d’argent et/ou en vertu du droit du commerce. Mais de grâce, ne touchons pas aux principes : ils sont plus importants que la misérable personne qui occupe les médias depuis plusieurs jours.

Et n’oublions pas qu’en empêchant cet homme de s’exprimer, on crée un dangereux précédent. Qui décidera, demain, ce qui peut ou non être dit, chanté ou montré ? Et au nom de quoi ?
 
Ce n’est pas dans cette société qui évoque à mes yeux la France de Vichy ou l’Union soviétique de Staline que je souhaite vivre.

dimanche 22 décembre 2013

Les (très discutables) "accomodements raisonnables" de Mark Spencer


The Daily Telegraph de ce dimanche 22 décembre nous apprend que la chaîne britannique Mark & Spencer a mis en place une politique « d’accommodements raisonnables » avec l’islam que certains (dont moi) trouverons plutôt problématique : les employé(e)s préposé(e)s aux caisses et refusant de manipuler du porc ou de l’alcool ont en effet la liberté de rne pas servir un client et de lui demander « d’attendre qu’un employé acceptant de le faire soit libre » à une autre caisse.

Le Docteur Nazir-Ali, évêque anglican de Rochester (d’origine pakistanaise, il se veut un fervent défenseur de l’identité chrétienne de la Grande Bretagne) estime quand à lui que si le magasin ne signale pas clairement que telle ou telle caisse ne traitera pas les marchandises en question, le client pris par surprise risque de se sentir humilié.

Il a raison, je vois dans cette « tolérance » au moins deux problèmes :

1)      Contrairement à ce que prétend la direction, cette attitude  ne permet pas d’assurer « un haut niveau de service au client » : quand vous avez attendu votre tour cinq ou dix ou vingt minutes à une caisse et que l’on vous demande, même « très poliment » de refaire la queue à un autre comptoir, il va de soi que le service n’est pas à « son plus haut niveau ».

2)      L’attitude des personnes refusant de servir un client consommant porc ou alcool est insultante en ce qu’elle implique un jugement moral sur le comportement du consommateur achetant des produits « impurs ».

Une fois de plus, se trouve donc posée la question des « accommodements raisonnables » qui, à mes yeux de laïcs n’ont aucune justification. La religion est chose privée et doit le rester, que ce soit dans la fonction publique, ou dans l’entreprise. Sinon où est la limite? Demain, dans une librairie, un caissier pourrait-il refuser de vous servir parce que la revue ou le livre que vous achetez heurte ses convictions ? Un employé végétarien pourrait-il refuser de servir ou d’enregistres des produits à base de viande ? Ou bien, en mettant les choses au pire, un employé pourrait-il refuser de répondre aux questions d’un client d’un autre sexe ou de le servir au nom de la « décence » ?
On voit bien que, comme trop souvent ces derniers temps, l’attitude adoptée par M & S ne prend en compte, en définitive que les croyances d’une seule communauté au détriment de la majorité. Le seul « accommodement raisonnable » acceptable serait de cantonner les employés en exprimant le souhait (si le service le permet) à des tâches qu’ils pourront exercer sans que leur morale en souffre et où leur attitude n’entraînera aucune gêne pour les clients.

La règle devrait être simple : l’entreprise est, par définition, un lieu où l’on travaille et où l’on laisse ses convictions au  vestiaire. Sinon, la société deviendra simplement invivable. Ceux pour lesquels le religieux prend le pas sur le « civil » devraient s’interroger sur leur rapport à la modernité et sur l’image stupide et intolérante qu’ils donnent de leur religion.

L’article du Telegraph peut être lu à cette adresse :

dimanche 8 décembre 2013

Sur la condamnation du sergent Blackman: trois questions (sans réponses) sur la guerre

Le 6 décembre dernier, le sergent Alexander Blackman, un Royal Marine de 39 ans, était condamné à la prison à vie avec un minimum de dix ans pour avoir abattu un Taliban gravement blessé, désarmé et se trouvant sous sa garde, dans la province de Helmand (Afghanistan), en septembre 2011.
C'est la première fois depuis (au moins) la Seconde Guerre Mondiale qu'un soldat britannique est convaincu de crime de guerre.

Le crime du sous-officier Blackman est incontestable, largement établi par les images filmées par une caméra fixée sur le casque d'un autre membre de la patrouille qu'il commandait. Les mêmes images et les témoignages recueillis permettent également d'établir que l'homme a agi de sans-froid, avec un grand calme, sans être soumis à une menace particulière et alors que le blessé ne présentait aucun risque immédiat ni pour lui ni pour ses hommes. Il était, de plus, ainsi que le démontre la vidéo tournée ce jour là, pleinement conscient de la gravité de ses actes puisqu'il demande à ses subordonnés de "garder le silence" parce qu'il a violé les Conventions de Genève.
Le juge Blackett, lors du prononcé du jugement, a estimé:
"en agissant de la sorte, vous avez trahi votre Corps et tout le personnel britannique ayant servi en Afghanistan, vous avez terni leur réputation [...] vos actes en mis en danger les vies d'autres Britanniques. Vous avez fourni des munitions aux terroristes dont la propagande dépeint la présence britannique en Afghanistan comme faisant partie d'une guerre contre l'islam dans laquelle des civils sont arbitrairement tués...."


La condamnation de Blackman a beau être une première pour le Royaume Uni, de semblables procès ont déjà eu lieu aux États-Unis, pour des faits similaires ou parfois plus graves commis en Irak et en Afghanistan. Au moins une dizaine de cas similaires pourraient être jugés, dans un proche avenir, à Londres.

Il me semble in contestable que nos pays s'honorent lorsqu'ils poursuivent et condamnent les auteurs de crimes de guerre. C'est là, certainement, l'une de ces choses qui définissent un État de droit, tracent une ligne claire entre démocraties et dictatures et permettent de dire que les guerres menées depuis plus de dix ans contre le terrorisme et la barbarie sont "justes".

Reste trois questions que je ne peux m'empêcher de me poser

1) S'il est évident qu'un meurtre de sang-froid ne peut être considéré de la même manière qu'une exécution sommaire commise dans le feu du combat ou immédiatement après celui-ci, lorsque la tensions et le danger sont encore présents, ne pouvait-on admettre, en l'occurrence, une acceptation un peu élargie du "la pression de la guerre" et du stress qu'elle provoque? Membre du 42ème Commando de marine, Blackman a été engagé 15 ans, il a notamment été déployé en Irlande  du Nord, en Irak et, à deux reprises, en Afghanistan. Peut-être un moment vient-il où la guerre, la menace constante des attentats, les camarades et les civils tués par un ennemi cruel font peser une charge trop lourde sur les épaules d'un homme...

2) Était-il nécessaire de nommer Blackman - qui était jusque là désigné comme le "Marine A." ? Avoir été identifié le place en danger de mort dans des prisons où les islamistes sont nombreux et actifs. En tout état de cause, l'homme devra être placé sous protection spéciale durant toute la durée de sa détention. Lord West, ancien Premier Lord de l'Amirauté, puis ministre travailliste en charge du contre-terrorisme a réclamé des mesures de protection "absolues" pour sa famille qui pourrait être la cible de représailles.

 3) La prison à vie avec un minimum de dix ans, c'est la peine que reçoivent une majorité de civils condamnés pour meurtres au Royaume Uni. Et personne, je pense, ne comparera leurs actes à ce qui peut se passer sur un théâtre militaire.

Je n'ai pas les  réponses à ces interrogations.

Tout ce que je sais, pour avoir moi-même été en terrain de guerre à de nombreuses reprises (deux fois au Liban, une vingtaine de fois sur tous les théâtres d'opération de l'ex-Yougoslavie), c'est que la guerre est une saloperie qui ne peut que nous changer et modifier nos comportements.

Ceci n'excuse rien. L'immense majorité des militaires américains, britanniques, français et autres déployés ces vingt dernières années partout où la force des armes est nécessaire pour tenter de rétablir le droit s'est comportée de manière exemplaire.

Il n'empêche que les armées, surtout dans un contexte de baisse de crédits et de format qui fera que les unités devront, sans doute, être engagées plus souvent et plus longtemps dans les années à venir devraient réfléchir à un meilleur encadrement et un meilleur soutien des combattants.

mercredi 28 novembre 2012

La droite (vraiment) la plus bête du monde...

C'est à Guy Mollet que l'on doit ce jugement, si souvent répété depuis, voulant que la droite française soit "la plus bête du monde".

Les joyeux duettistes Jean-François Copé et François Fillon sont en train de lui donner raison. A un niveau sans doute jamais atteint dans toute l'histoire de la Cinquième République.

Petit rappel: certes, la droite a perdu la Présidentielle et les législatives au printemps dernier, mais son meilleur allié était sans doute le nouveau Président de la République lui-même.

Le "Président normal", à force de ne rien décider, de décider un jour le contraire de ce qu'il avait décidé la veille ou de décider sur des choses qui intéressent peu les Français, était arrivé à atteindre, en cinq mois, la plus basse côte de popularité jamais atteinte par un Président depuis 1958.

Une présidence terne et sans relief, un gouvernement médiocre et amateur, un évident manque de "leadership", une politique peu lisible et les habituelles querelles et autres dissensions entre socialistes, écolos et "gauchistes" tendance Mélenchon travaillaient pour la droite.

Il lui suffisait d'attendre, de mener une opposition constructive et d'avoir de l'initiative. Le reste de la partition était écrit: à ce rythme, la droite revenait au pouvoir dans quatre ans et demi.

Mais c'était, sans doute, trop demander.

La machine à perdre qui sommeille (mais jamais très longtemps) chez les néogaullistes s'est réveillée.

On assiste donc, depuis quelques jours à la plus incroyable crise que la droite ait connue depuis trente ans.

Entre anathèmes, insultes, coup de forces, insinuations et autres descentes d'huissiers, rien ne nous a été épargné. Jusqu'à la ridicule idée d'organiser un référendum pour savoir s'il fallait revoter (pourquoi ne pas déranger les militants trois fois - en comptant le premier scrutin - si une seule fois suffit?)

Bref: grosse fatigue et sentiment d'immense gâchis.

Et je suis loin d’être le seul à le penser. Chacun des deux protagonistes perd 6 points de popularité au dernier "baromètre TNS-Sofres" et la déculottée est pire chez les sympathisants UMP: - 17 points pour Copé et - 10 pour Fillon.

Il est vrai que, pendant que les barons s'étripent, le peuple, lui, souffre, broyé par la pire crise que l'Europe ait traversée depuis 1945. Un "détail" qui semble avoir échappé aux duettistes et qui méritait, peut-être, un peu plus de retenue et de décence...

Claude MONIQUET