jeudi 18 février 2010

Le Pinot noir et ses fraudeurs


Ca commence comme une belle idée, ça se concrétise en une magnifique réussite commerciale et cela se termine en une minable escroquerie : c’est l’histoire de quelques viticulteurs français qui, à l'assaut du nouveau monde, ont, une fois de plus, préféré la fraude au travail bien fait.

En 2006, la demande en Pinot noir explose aux Etats-Unis. Gallo, l’un des principaux négociants du nouveau monde est déjà en affaires depuis quelques années avec la coopérative Sieur d’Arques, à Limoux qui lui fournit les vins de sa gamme « Red Bicyclette », composée exclusivement de produits français et qui remporte un vif succès outre atlantique (une preuve parmi d’autres que le French Bashing a des limites…).

Tout naturellement, la société américaine demande à Sieur d’Arques de la fournir en Pinot, celle-ci s’adresse à des sous-traitants – entre autres la maison Ducasse, à Carcassonne - et vend aux Etats-Unis 18 millions de bouteilles. Un succès pour une filière du vin qui aime à se présenter comme sinistrée (encore un mal bien français, dans d’autres pays on préfère vanter ses réussites, mais dans l’hexagone, on se complait dans les lamentations…) .

Las, l’administration française se rend compte, en 2008, que Ducasse a vendu 53 889 hectolitres de Pinot noir alors que la région n’en produit que 53 000 par an. Problème… L’enquête prouvera que le « Pinot » est un mélange de Syrah et de Merlot, deux cépages nettement moins chers.

Hier, 17 février, le tribunal de Carcassonne a condamné 12 fraudeurs à des peines de prison avec sursis et à des amendes de 3000 à 180 000 Euros. Moi, je les aurais plutôt suspendus par les c… aux portes de la ville, ou bien je les aurais noyés dans leurs cuves, parce que le vin, quand même, c’est sérieux !

Cette pénible affaire ne serait qu’anecdotique si, en définitive, elle ne faisait un tort considérable à la viticulture française et, de manière générale au « made in France » qui, dans le domaine agro alimentaire est (encore) considéré comme une valeur sûre. D’autant que cette triste péripétie survient après de nombreux autres scandales qui ont touché des maisons parfois prestigieuses et des vins illustres..

La France a déjà du mal à vendre ses rafales et ses EPR, sans parler de ses chars Leclerc. Encore un effort, messieurs les fraudeurs, et vos vins rejoindront ce lamentable catalogue. Ne vous plaignez plus, donc, si le drapeau tricolore agit davantage comme un répulsif que comme un aimant…

mercredi 17 février 2010

Une catastrophe ferroviaire et le concept de "responsabilité"

Je ne suis pas un spécialiste de la mobilité ni des chemins de fer, c'est entendu. Je n'ai donc aucun avis "technique" autorisé à donner sur le drame de Hal. En revanche, citoyen et payeur d’impôts d’une part, observateur du monde depuis plus de trente ans d’autre part, je m'y connais un peu en "bonne gouvernance". Je m'en tiendrai donc là.

Cette tragédie, la deuxième à endeuiller le rail belge en moins de dix ans, aurait, semble-t-il, pu être évitée. C'est ce que disent d'ores et déjà plusieurs hauts responsables, dont Luc Lallemand, directeur d'Infrabel (qui gère les réseaux ferroviaires) qui pointe du doigt l'absence de système de freinage automatique sur les trains. De fait, ils ne sont en place que sur un nombre limité de trains et ne seront généralisés que dans les années à venir annonçaient, le lendemain de la catastrophe un administrateur délégué de la SNCB qui aurait mieux fait de se taire. Gérard Gelmini, président d'un syndicat de cheminots parle, lui, de "formation rabotée". De fait, sa durée a été raccourcie d'environ 30% ces deux dernières années. Et on pourrait évoquer également les conditions de travail des conducteurs que le stress et des horaires stupides ne peuvent que pousser à la faute.

On pourrait faire remarque, aussi, que la Belgique a trouvé des centaines de millions sinon des milliards pour construire de nouvelles gare ultra-modernes (à Liège, Anvers ou Louvain) mais pas les quelques dizaines de millions nécessaires à améliorer la sécurité des passagers et des personnels.

Quelques soient les causes de l'accident, sur lesquelles la justice aura à faire la lumière, un constat évident s'impose: quelque chose - au niveau technique ou à celui des procédures - n'a pas fonctionné, et ce dysfonctionnement a causé la mort d'au moins 18 personnes. Dans de nombreux pays, les responsables des sociétés impliquées démissionneraient. De même peut-être que l'un ou l'autre politique de haut niveau. Ne devrait-il pas être (simplement) évident que le fait d'être le "patron" impose une responsabilité évidente lorsque tout va mal?

Encore un mot sur M. Kris Peeters, "Ministre Président" de la Région flamande qui déclarait, lundi: "c'est un nouveau jour noir pour la Flandre". Il n’échappera à personne que, si l’accident à bel et bien eut lieu sur le territoire flamand, une grande partie, sinon la majorité, des voyageurs étaient, eux, des Wallons. Ce brillant politique vient Donc d’innover en inventant un concept nouveau : la « communautarisation du malheur ».

Bref, en Belgique, plus tout change plus tout est pareil et ce n’est pas demain, semble-t-il, que la « culture de la responsabilité » s’installera.

dimanche 7 février 2010

Un gamin de 17 ans tué à Paris, mais rassurez-vous: tout va bien....

Vendredi soir, un gamin de 17 ans a été tué à Paris, non loin de la porte Saint-Cloud, dans le seizième arrondissement.Un quartier plutôt calme, de manière générale. Le jeune homme, mort peu après son transfert à l'hôpital a succombé à "plusieurs coups de couteaux".

Dans un communiqué qui se voulait sans doute rassurant, la préfecture de police indique toutefois qu'il ne s'agit pas "d'un règlement de compte entre bandes rivales" mais d'une simple "bagarre entre amis".
Ah, ouf! Nous voilà rassurés. Tout va bien, donc...

Ce genre de communiqué - qui ne fait pas honnneur à l'intelligence de la police française, que je respecte par ailleurs au plus haut point et au sein de laquelle je compte de nombreux amis - m'en rappelle d'autres.

Ceux par exemple, tout aussi stupides, dans lesquels le préfet nous annonce qu'une nuit de la Saint Sylvestre s'est bien déroulée et a été normale parce qu'on a compté "que" 200, 300 ou 500 voitures incendiées dans l'hexagone. J'ai conscience d'être, intellectuellement parlant, un peu limité, mais j'ai toujours pensé qu'une "nuit normale", c'était ZERO voiture incendiée. Tout comme je pense qu'il est peu rassurant qu'une "bagarre entre amis" (???) laisse un mort de 17ans sur le carreau. Mais c'est sans doute mon côté réac.

Dans le même ordre d'idée, l'Etat a été condamné pour "faute lourde", la semaine dernière, pour ne pas avoir été en mesure de protéger un couple de commerçants de la Marne (51) qui avait été braqué 13 fois en une dizaine d'années, toujours selon la même technique (une voiture bélier défonçant la vitrine). Le commissariat de police, il faut le préciser, se trouvait à un peu moins de 400 mètres... Les malheureux recevront dont (plus de dix ans après les faits) 90 000 Euros. Bon, mais entretemps, ils ont été forcés de mettre la clé sous la porte. Pas de chance.

Alors que ce genre de fait-divers se multiplie partout en Europe, depuis des années, des sociologues bien-pensants et autres universitaires brillants (et un peu de gauche, en règle générale, mais nul n'est parfait...) s'évertuent à nous expliquer que l'insécurité est une illusion, un "sentiment d'insécurité" et pas une réalité. D'ailleurs, nous disent-ils, c'était bien pire au début du siècle (de l'autre, évidemment, le vingtième...).

C'est vrai, à l'époque c'était pire. Il faut dire aussi qu'il n'y avait pas d'éclairage public partout, que dans certains quartiers, une rue sur deux était un cloaque, que les enfants travaillaient dans les usines etc. Enfin, on se rassure comme on peut! Je suis certain, d'ailleurs, qu'au seizième siècle, c'était encore bien pire.

Les dits spécialistes se voient confortés dans leur brillante analyse par les statistiques de la police qui, de manière générale, indiquent, depuis longtemps, une baisse régulière de la délinquance et des faits criminels. Ils baissent tellement, ces faits criminels, et depuis si longtemps, qu'on s'étonne d'ailleurs de ne pas encore être à zéro.

Il faudra quand même un jour que la police envisage de faire son travail - qui est de protéger les citoyens et leurs biens, pas de publier des communiqués lénifiants, ni de publier de (fausses) statistiques mais d'arrêter de (vrais) délinquants - et que les politiques lui donnent les moyens (ainsi qu'à la justice) de faire ce travail.

Sinon, un jour ou l'autre, tout cela finira mal. Enfin, pour ce que j'en dit...