mardi 25 octobre 2011

Images de Pékin : une petite fille meurt et la Chine doute d’elle-même

En chine pour quelques jours, je suis confronté aux espoirs, aux rêves et aux tourments d’une société qui, près de trente ans après le début des réformes, continue à être en pleine mutation. Les quelques chroniquées que je consacrerai à ce voyage dans les jours à venir n’ont d’autre prétention que de mettre en relief certains incidents ou certaines informations qui permettront d’approcher différemment la réalité chinoise.

Tout le monde sans doute a vu ces images qui, il y a une semaine, passaient en boucle sur les chaînes d’information permanente. Elles sont terribles. On y voit une petite fille, jolie comme une poupée gambader au milieu d’une rue de Foshan (une ville de la province de Guangdong, dans le sud du Pays, non loin de Canton et connue depuis des siècles pour la qualité de sa porcelaine). Soudain, la petite poupée lève les bras dans un geste de terreur. Ce sera son dernier geste conscient : elle fait face à une camionnette qui sans même freiner, la renverse. Elle restera au sol durant 7 longues minutes, et 18 personnes passeront à côté d’elle ou la contourneront sans lui prêter secours. Un camion roulera même sur son petit corps. C’est une chiffonnière courbée par l’effort qui finira par la mettre à l’abri et par prévenir ses parents. Une caméra de sécurité a filmé toute la scène. Insupportable.

La petite Yue Yue, c’était son nom, est morte à l’hôpital militaire de Canton, vendredi dernier, sans avoir repris connaissance. Et c’est sans doute mieux pour elle : son cerveau était irrémédiablement endommagé.

Depuis, la Chine s’interroge et se livre à une intense introspection : le visage de la petite martyre de l’indifférence a fait la une des journaux, et est passé sur toutes les télévisions. A l’université de Liaosheng (province du Shandong), et dans d’autres établissements, des étudiants se sont rassemblés pour prier pour l’enfant. Des centaines d’articles ont été écrits, des débats lancés. Comment en est-on arrivé là ? Comment éviter qu’un tel drame se répète ?

Faut-il passer une loi, faisant de la « non assistance à personne en danger » un délit, comme c’est le cas dans tous les pays modernes ? Les Chinois sont divisés. Mais surtout, ils essaient de comprendre.

L’explication la plus généralement admise est que personne n’a bougé parce que, ces dernières années, plusieurs citoyens ayant porté secours à des victimes d’accident ont été accusés d’avoir été mêlés à celui-ci et condamnés à de très importants dommages et intérêts. Il est certainement vrai que cela a pesé dans la décision de ceux qui se lâchement abstenus.

Mais ce n’est sans doute pas tout. Osons deux explications complémentaires, qui tracent le cadre général de cette tragédie.

D’abord, certainement, il y a la course à l’argent.

Depuis que Deng Xiaoping a lancé son célèbre « enrichissez-vous ! », au début des années quatre-vingt, la Chine a prodigieusement changé. Des centaines de millions de personnes ont vu leur vie évoluer à un point inimaginable en Occident. Des centaines de millions d’autres se pressent maintenant à la porte des villes, avides de faire partie de cette aventure, et d’accéder à un bonheur qui réside entre autre dans la capacité de consommer. Au point de se tuer au travail. Littéralement. Les chinois venus des campagnes et qui envahissent de plus en plus les villes enchaînent parfois deux ou trois métiers pour offrir le début d’une meilleure vie à leur famille. Certains n’hésitent pas à travailler dans des mines illégales ou des usines qui où n’existent aucune condition de sécurité. Les accidents industriels sont quotidiens et font des milliers de victimes chaque année.

Cette frénésie explique sans doute pourquoi les parents de la petite Yue Yue (qui était par ailleurs bien habillée et insouciante, ce qui démontre qu’elle était choyée) ont laissé une fillette de deux ans jouer dans la rue sans surveillance, chose inconcevable dans une société ou la cellule familiale est tout et où l’enfant est objet de vénération. Surtout dans un contexte qui reste fortement marqué par la politique de l’enfant unique. La réponse est sans doute là : ils ne la surveillaient pas parce qu’ils s’échinaient à gagner les quelques Yuan qui devaient leur permettre d’offrir un jour une vie meilleure à la petite. Le destin en a, tragiquement, décidé autrement.

La deuxième explication relève davantage de la psychologie. Si l’égoïsme s’est si fortement développé, en Chine, ces dernières années, ce n’est pas, comme on pourrait le penser, un produit du capitalisme.

Bien au contraire, j’y vois une conséquence néfaste de plusieurs décennies de communisme exacerbé marqué par deux grandes catastrophes - le Grand Bond en Avant et la Révolution culturelle – qui ont traumatisé la nation. Les Chinois, qu’ils appartiennent ou non aux cercles officiels détestent en parler, mais le souvenir de ces horreurs est là, gravé en filigrane dans les esprits, même dans ceux qui sont trop jeunes pour les avoir vécues.

Si le Chinois d’aujourd’hui est égoïste, c’est, entre autres, qu’il a été trop longtemps et trop lourdement l’objet des phantasmes collectivistes de ses dirigeants et qu’il lui était interdit alors de penser à lui-même.

Fort heureusement la Chine a pris aujourd’hui un autre chemin, difficile et aventureux, mais prometteur. Mais il lui faut encore retrouver son âme.

Si le décès d’une enfant de deux ans l’y aide un tant soit peu, la petite Yue Yue ne sera pas partie pour rien.

jeudi 26 mai 2011

Ratko Mladic : Une page se tourne; les souvenirs, la honte de l’Occident et les problèmes demeurent

Comme on le dit, « une page se tourne aujourd’hui » avec l’arrestation de Ratko Mladic, le bourreau de Srebrenica et d'autres lieux.

Mais il ne faudrait pas que ce « succès » (quand même un peu tardif : seize années de « cavale », ce n’est pas rien !) des autorités serbes vienne masquer les réalités historiques, les problèmes d’aujourd’hui, ni, surtout, l’effrayante responsabilité de la communauté internationale – et en particulier de l’Occident –dans la tragédie « yougoslave ».

Il se fait que les Balkans, je connais . Plutôt bien, même ! Si je m’étais rendu à plusieurs reprises en Yougoslavie et en Albanie à l’époque heureuse de Tito et à celle, concomitante, mais nettement moins riante d’Enver Hodja, le tyran ubuesque de Tirana, de l’automne 1991 à la fin de 1999, j’y ai littéralement « passé une partie de ma vie ». De la Guerre d’Indépendance de la Croatie à la libération du Kosovo, en passant par la guerre d’indépendance de Bosnie, j’ai effectué, sous couverture et pour le service qui m’employais à l’époque, des dizaines de missions sur le terrain et j'y ai passé, mis bout à bout, de longs mois.

J’ai connu les champs de bataille des environs de Zagreb, de la Krajina, de Slavonie, j’ai arpenté les ruines de Vukovar et de Sarajevo; de la Krajina au Kosovo, j’ai filmé les décombres fumants de dizaines de villages et de villes dévastées, je me suis « promené» sur les fronts bosniaques, je me suis fait tirer dessus à la frontière entre la Macédoine et la Serbie et sur une route isolée de Bosnie, j’ai été arrêté et brièvement détenu par l’armée de ce même Mladic arrêté aujourd’hui (mais ce jour là, ils m’ont sauvé la vie en me tirant des griffes d’une milices serbes qui voulaient, très littéralement, nous découper en morceaux, mon interprète et moi…) j’ai ouvert des fosses communes au Kosovo et dénombré les cadavres pour besoins d’enquêtes, j’ai découvert et photographié des chambres de tortures, interrogé des dizaines d’anciens prisonniers et combattants de tous les camps, passé des nuits avec des milices de l’un ou l’autre bord et attendu, avec les combattants, l’heure de l’assaut, autour des feux ou sous la pluie. Slobodan Milosevic mis à part, j’ai rencontré presque tous les dirigeants politiques de l’époque (et, surtout, les plus extrémistes) , parlé avec les chefs militaires et déjeuné ou dîné avec les responsables des services de Renseignement locaux. Je m’y suis fait, enfin, des amis proches dans chaque camp.

Bref, j’ai fait le travail qui était le mien. Pas plus, pas moins.

Alors oui, je connais…. On dit que les voyages « forment la jeunesse ». Ceux-là m’ont formé au-delà de tout. Un jour peut-être, quand je serai très vieux (Inch’Allah) et quand tout cela sera définitivement, de « l’Histoire », j’écrirai, au coin du feu, sous l’œil attentif de mes chats, un livre sur cette période, sur «mes» guerres balkaniques.

Mais en attendant, j’en ai tiré quelques leçons, assez simples car, ainsi que le savent ceux qui me connaissent, je suis un homme simple.

1) La folie nationaliste des Serbes a créé de toute pièce un « problème musulman » qui n’existait pas vraiment. Je le répète, j’ai connu la Yougoslavie avant l’ère des massacres, il y avait, bien entendu, des extrémistes islamistes (à commencer par le président Itzegebovic) mais il s’agissait d’une infime minorité. Il est aussi absurde d’accuser l’ensemble des Bosniaques musulmans et des Kosovars d’avoir été des extrémistes que de prétendre que tous les Serves ont résisté aux Nazis et que tous les Croates ont été des collaborateurs. Il y a eu des Serbes collabos et des Croates résistants – à commencer par Tito… Et beaucoup de « bosno-musulmans » étaient tout sauf des militants du Djihad. Seulement, quand on fait le siège des villes et qu’on les affame, qu’on humilie les populations, qu’on viole les femmes et leur arrache leurs enfants, on finit, n’est-ce pas, par créer comme un problème…

2) Le nationalisme c’est la guerre, disait François Mitterrand en 1995. Je n’ai pas souvent été d’accord avec lui, mais là, il avait raison. Autant le patriotisme est noble et justifié autant le nationalisme entraîne, immanquablement le mépris de l’autre et mène au crime et à l’horreur…

3) Il est incontestable que l’armée et les milices serbes ont commis des crimes épouvantables. Je les ai constaté moi-même « sur zone ». J’en ai interrogé les protagonistes, victimes ou bourreaux. Mais il est tout aussi incontestable que des crimes équivalents – mais, je l’admets, sans doute moins nombreux, ont été commis par les Croates, les Bosniaques musulmans et les Kosovars de l’UCK. Si, dans une scène digne de Shakespeare, les cadavres des femmes violées et tuées, des hommes torturés à mort et mutilés, des enfants brûlés vifs devant leurs parents, des vieillards morts de faim dans la neige, des blessés égorgés et des malades morts fautes de soins et de médicaments pouvaient se lever de leurs tombes et accuser leurs bourreaux, nul doute qu’on en trouverait dans tous les camps. Ceci, me semble-t-il, ne doit pas être oublié.

4) La lâcheté de l’Occident – et singulièrement de l’ONU – a été écoeurante. Certes, nos soldats (dont des dizaines de jeunes Français et d’autres dizaines de Britanniques) sont morts pour protéger les civils, Mais nous avons LAISSE FAIRE. Nous avons livré Srebrenica aux tueurs de Mladic et il s’est, même, trouvé un général hollandais pour trinquer avec lui alors que les rafles des 8000 civils qui allaient être assassinés avaient commencé et se déroulaient sous ses yeux. Je n’oublierai jamais comment l’état major international, à Sarajevo, négociait – sur ordre de l’ONU – avec les Serbes, quand ils avaient « exagéré » – les mesures de représailles et comment on terminait par bombarder un char sans chenille ou une position d’artillerie obsolète et abandonnée depuis longtemps pour que, à New York des bureaucrates aveugles puissent, dans la soirée, publier un communiqué viril et justifier ainsi leurs salaires.

5) L’ONU, dans cette affaire s’est discrédité, comme elle le fit, plus tard, au Rwanda et a prouvé que si l’idée des Nations Unies est belle, cette organisation n’a aucun légitimité à tenter d’agir militairement sur le terrain en jouant à la guerre avec la peau des autres.

6) Malgré tout ce qui a pu être dit sur une soi-disant « complicité » avec les Serbes, je sais parce que je l’ai vu de mes yeux, que l’Armée française s’est magnifiquement comportée, des montagnes de Bosnie à celles du Kosovo. Et je suis fier d’avoir côtoyé mes camarades sous l’uniforme qui, en OPEX, donnaient le meilleur d’eux-mêmes dans des conditions toujours difficiles et parfois terribles, pour remplir au mieux la mission qui leur était confiée.

7) Enfin, et surtout, je pense que nous n’avons rien réglé du tout. Des dizaines de milliers de jeunes Serbes et de jeunes Bosniaques ont grandi depuis loin des villes et des villages où ils étaient nés, souvent sans l’un ou l’autre de leur parent mort à la guerre. Cette génération arrive à l’âge adulte. Dans une région qui a le malheur d’avoir une longue mémoire, il y a là une terrifiante bombe à retardement et la seule manière de la désamorcer est, sans, doute, d’intégrer dans l’Union européenne TOUS les Etats issus de l’implosion yougoslave. En espérant que cela suffise…

Oui, un jour, au coin du feu, j’écrirai tout cela. Si mes Chats sont d’accord.

mardi 17 mai 2011

DSK et "l'horrible" système judiciaire américain: une fable moderne

A lire ou écouter certains médias, on se demande si de nombreux journalistes et commentateurs sont vraiment ignares (et jamais sortis du VIème arrondissement) où s’ils font exprès de passer pour tels afin de mieux surfer sur la vague nauséabonde du beaufisme franchouillard et du populisme.

La nouveauté en date c’est de dénoncer l’infâme système judiciaire américain qui est « accusatoire » et dans lequel la victime doit prouver son innocence. Voilà en effet qui est très différent du système français (et, par extension du système belge) qui, eux, sont absolument parfaits et exempts de tout vice. Allons les enfants, renseignez-vous un peu avant de parler.

Il est vrai que le système américain a fait un choix : l’Etat représente et défend la victime et l’accusé est défendu, lui, par un avocat qui peut, par ailleurs (et dans le cas de DSK qui n’est pas un SDF, cela se fera) faire diligenter des enquêtes privées pour faire valoir sa vérité au cas où la police ne le ferait pas.

Chez nous, bien entendu, on nous rabat les oreilles en nous disant que l’instruction faite par un sacro-saint « juge indépendant » se fait « à charge et à décharge ». La bonne blague. En trente ans de vie professionnelle, comme journaliste d’abord, dans les « services » ensuite(pendant vingt ans…) et, depuis une dizaine d’années, dans le renseignement privé, je me suis intéressé à plus de deux ou trois cents procédures judiciaires dans plusieurs pays. J’affirme que je n’ai quasiment jamais vu une instruction se faire réellement « à charge et à décharge ».

Affirmer le contraire relève du mythe, du mensonge ou de l’ignorance. Les juges d’instruction, le plus souvent, « chargent la barque », aidés par des policiers obsédés par l’idée de « faire du casque » (c’est à dire, en argot policier, « d’aligner les succès »). Selon qu’il sera bien ou mal défendu, le prévenu s’en sortira ou non. Il y a, bien entendu, des exceptions. En trente ans, je n’en ai pas rencontré beaucoup.

Plus respectueuse des droits individuels et de la présomption d’innocence, notre justice qui use et abuse de la détention préventive comme d’une nouvelle « question » destinée à faire « craquer » le suspect ? Vraiment?

Egalitaire notre théâtre judiciaire dans lequel le procureur et les juges, vêtus à peu près de la même manière siégent au même niveau alors que le prévenu, lui, est dans son box, face à eux (et, matériellement, dominé par eux qui le regardent de haut)? La proximité entre l’accusation et les juges n’est d’ailleurs pas que « topographique » : elle est souvent professionnelle.

Indépendants nos juges ? J’ai vu trop de procédures « délicates » être classées, se terminer par une prescription souhaitée ou trébucher sur un quelconque vice de procédure annoncé pour y croire encore.

Plus humain, notre système pénitentiaire régulièrement condamné par toutes les instances internationales et dans lequel les taux de suicide sont effrayants ?

Ah, j’oubliais, il y a encore ces images de DSK menotté qui choquent tant. Parce que le fait, en France, de comparaître détenu et menotté jusqu’à l’entrée dans le box (et sous l’oeil des caméras et des photographes), cela c’est digne et «respectueux de la prévention d’innocence»? Ben voyons !

La réalité est que notre système n’est pas meilleur et que le système américain n'est pas pire. Simplement, nous nous satisfaisons de leurs errements respectifs parce que nous savons, ou espérons, que l’erreur judiciaire est rare et que le condamné, à l’issue du processus, aura eu ce qu’il mérite. Triomphe sans gloire…

Je crains, à la vérité, qu’il y ait, dans ce déferlement de critiques infondées, outre une ignorance crasse un détestable esprit de caste. Comment ose-t-on traiter de la sorte un puissant de ce monde?

Eh oui il faut s’y faire, les Etats-Unis sont une République, une vraie, et non une monarchie déguisée comme la France, dans laquelle nous rampons devant des dirigeants fonctionnaires qui continuent trop souvent à considérer leur charge comme étant de droit divin et nous comme des sujets taillables et corvéables à merci. Alors que nous sommes le peuple dont, en théorie, émanent tous les pouvoirs.

Les Américains, eux, ne l’oublient pas. Dès lors, s'il trébuche, le puissant sera traité comme un chacun... Et il est vrai qu’au Etats-Unis, une bonne moitié de nos élus seraient en prison et beaucoup d’autres auraient eu, depuis longtemps, leur carrière brisée par le mensonge qui leur est une seconde nature.

La réalité est la justice, partout, est aussi, parfois, une machine à broyer. Cet "envers de la médaille" est dans sa nature.

lundi 16 mai 2011

Non, DSK n'est pas "la victime"

Comme tout un chacun, j'ignore tout du fond du dossier DSK. Je pense seulement que la thèse du complot est invraisemblable, mais qu'il est évidemment possible que l'accusation soit fausse. En tout état de cause,ma seule certitude est qu'à l'issue de cette affaire, quelqu'un passera un certain temps en prison. DSK s'il est reconnu coupable, son accusatrice s'il y a eu mensonge. Je ne commenterai donc pas les faits eux-mêmes.

Mais cette affaire appelle trois réflexions.

Primo: Je suis abasourdi par le manque d'empathie dont la plus grande part du monde politique français, socialistes en tête, fait preuve par rapport à la victime présumée. C'est très bien de parler de la famille de DSK et de la plaindre, mais quid de la femme de chambre? Si les faits sont avérés, la victime,la seule victime,c'est elle, n'en déplaise aux amis de DSK et à trop de journalistes qui semblent l'oublier. Comme mon ex-collègue et amie Claire Chazal qui répétait à tout bout de champs, ce dimanche que, "en matière de crime sexuel, la législation est très différente aux Etats-Unis". Ah bon, parce qu'en France, le viol est toléré? Encouragé? Applaudi?

Dans ma grande naïveté, je pensais que des progrès avaient été faits dans la prise en compte des crimes sexuels et de la violence faite aux femmes. Je constate avec tristesse qu'il n'en est rien. En tout cas quand le suspect est un homme en vue et de gauche. C'est à se demander que que vaut, aux yeux de la gauche et de la presse la parole d'une femme de chambre afro-américaine quand elle met en cause un "maître du monde".

Secundo: On nous dit que la France est une victime de cette affaire. Et là, c'est vrai, je suis d'accord: nous somems humiliés. Mais ne l'avons-nous pas cherché? DSK, c'est l'homme de la K7 Méry, qu'il avait gardée sous le coude, faisant fi de l'obligation de tout un chacun de dénoncer un crime ou un délit, pour s'en servir pour attaquer la droite. Ce procédé douteux n'a pas empêché Pariz de le proposer à la tête du FMI. On est représenté, dans les instances internationales, comme on le mérite...

Tertio: à mes yeux, l'affaire de "l'économiste honrgoise du FMI", en 2008, dicréditait déjà largement DSK. A l'époque, les médias français avaient brocardé le "puritanisme" des Anglo-saxonx, M. Besson avait qualifié l'affaire de "dérisoire" et M. Khouchner avait demandé "qu'on l'oublie vite".

Comme souvent en ce qui les concerne, les deux auraient mieux fait de se taire. Il n'y a, en effet, rien de dérisoire dans le fait pour le plus haut dirigeant d'une entité publique, d'entretenir une liaison extra-conjugale avec une de ses employées. Quoi que le FMI ait décidé à l'époque, les soupçons d'abus de pouvoir, de harcèlement et de pressions ne peuvent pas être écartés aussi facilement. C'est précisément pour cela qu'un homme ayant un minimum de jugement évitera de se mettre dans une telle position et réfrénera ses pulsions, fussent-elles compulsives et pardonnées par son epouse (ce qui, par ailleurs, ne nous regarde pas) et il me semblme que l'on est en droit d'attendre de l'homme qui joue un rôle clé dans l'économie mondiale d'avoir ce "minimum de jugement". Mais apparemment, nous ne sommes pas nombreux à le penser...

Sans doute certains jugeront-ils que mon "tropisme pro-américain" fait de moi un "puritain".

Non, il fait de moi, simplement, un homme qui croit que la loi et la decence s'appliquent à tous, quelque soit son rang; un homme qui pense que la parole d'une femme de chambre afro-américaine vaut bien celle du patron du FMI et un homme qui pense, enfin, qu'un mandataire public doit donner l'exemple.

Bref, mon "tropisme pro-américain" fait de moi un républicain. Tout simplement...

dimanche 20 mars 2011

Sur Ali Aarrass, les droits des terroristes et l’usage de la torture

Il y a quelques semaines, j'ai été interviewé par Georges Huercano, l'excellent Rédacteur en Chef de l'émission "INDICES" sur RTL TVI (lien: http://www.rtltvi.be/video/279514.aspx)qui voulait recueillir mon opinion sur l'affaire Ali Aarrass, ce Belgo-Marocain récemment extradé d'Espagne vers le Maroc.

Mon interview (qui représente à peine 3 ou 4 minutes sur un document de 23’ 41’’ donnant la plus large place aux défenseurs de M. Aarrass, à ses amis et à sa famille) m’a valu un tombereau d’injures, voire de menaces. On s’en est, ainsi, pris à mes origines ethniques ou religieuses supposées, à mon physique ou encore à mon statut « d’ expert autoproclamé ». Ces insultes me laissent froid. Les insultes m’ont toujours laissé froid – « ça m’en touche une sans faire bouger l’autre » comme dit fort élégamment Jacques Chirac. L’insulte est l’arme de l’imbécile qui, à court de mots et d’arguments qui lui permettrait de débattre préfère s’en prendre au messager plutôt que discuter le message…

Mais les questions posées par certains m’ont convaincu qu’il était nécessaire de mettre les choses au point sur trois aspects de cette polémique : le cas de M. Aarrass, les droits des terroristes et l’usage de la torture.

1) Sur Ali Aarrass

Je ne sais pas si M. Aarrass est ou n’est pas un terroriste, je ne sais pas s’il est ou n’est pas un ami ou un complice de M. Belliraj récemment condamné à la prison à vie au Maroc pour différents crimes terroristes dont certains commis sur le sol belge. Je n’ai pas eu accès au dossier de M. Aarrass et celui-ci n’a pas encore été jugé. Ce que j’ai dit c’est que les autorités marocaines « soupçonnaient » M. Aarrass d’être mêlé à une filière terroriste pro-iranienne particulièrement dangereuse. L’existence de ces soupçons sont un fait. Ni plus ni moins. Ils seront infirmés ou confirmés par la justice.

J’ai souligné aussi que certains de ceux qui le défendent aujourd’hui (pas «tous », « certains » en l’occurrence les membres du parti Egalité) appartiennent à une mouvance « islamo-gauchiste » qui est proche de l’extrême gauche belge et des positions iraniennes. Ceci est également un fait, amplement documenté. Je le maintiens donc.

J’ajoute, pour conclure sur ce chapitre, que ceux qui défendent M. Aarrass et proclament son innocence n’en savent pas plus que moi et ce, pour la même raison : il n’a pas encore été jugé. Je veux bien, toutefois, faire un pas dans leur sens en admettant que tant qu’un homme n’a pas été reconnu coupable par un tribunal, il est présumé innocent.

Pour le reste j’ai dit que, tout en « n’ayant pas assisté à ses interrogatoires », je serais très étonné que M. Aarrass ait été torturé au Maroc. Je le maintiens également.


2) Sur les droits des terroristes

J’ai déclaré dans le reportage consacré à M. Aarrass : « Avoir droit à un procès juste et équitable est un droit fondamental. Avoir le droit pour un enfant d’aller à l’école et d’en revenir sans que l’autobus saute me semble également être un droit tout aussi élémentaire et fondamental. Et je pense que la démocratie a le droit de se défendre contre le terrorisme… ». Fin de citation. Je précise que j’ai bien dit « la démocratie », pas « l’Occident », comme certains l’affirment, je n’utilise jamais ce mot, lourdement connoté et, par ailleurs, étant une sorte de métèque, je n’ai pas une admiration sans borne pour cet Occident, même si je reconnais qu’il su créer, dans le sang et la douleur, un modèle d’Etat de droit que les peuples du monde lui envient. On m’a, aussitôt, lourdement accusé de défendre toutes sortes de barbouzeries et, bien entendu, la « torture ». Je précise donc ma pensée.

Je crois réellement que les présumés terroristes ont droit à un procès juste et équitable qui prenne totalement en compte leur droit à la défense. Cela a – d’ailleurs - été le cas au Maroc où les avocats de M. Belliraj se sont déchaînés (et c’était leur droit) contre l’accusation sans être censurés, aussi bien en première instance qu’en appel. Par ailleurs, je ferai quand même remarquer que M. Belliraj a donné plusieurs entretiens aux médias, par téléphone, depuis sa prison, ce qui semble contredire ceux qui affirment que les conditions de détention des terroristes sont, au Maroc, « épouvantables ». Je n’ai jamais entendu un détenu français ou belge donner des interviews…

Par ailleurs, et ceci dépasse bien évidemment le cas Ali Aarrass, je suis partisan de lois spéciales contre le terrorisme (comme, d’ailleurs, contre le crime organisé) parce que je sais que ces formes de violence, surtout aujourd’hui, sont tellement insidieuses et dangereuses, tellement complexes dans leurs modes opératoires et ont de telles effets dévastateurs qu’il est nécessaire de les traiter de manière spécifique. Mais ce, bien entendu dans le respect de la Constitution. Il devrait tomber sous le sens qu’on ne peut utiliser les mêmes méthodes et les mêmes lois pour juger celui qui escroque son voisin, vole une voiture ou tue sa femme (ce qui est très mal) et pour celui qui planifie froidement le massacre de centaines de personnes ou monte un trafic de tonnes d’héroïne ou un réseau de traite des êtres humains qui couvre la moitié de la planète. C’est une simple question de bon sens.

La France, l’Angleterre et d’autres pays démocratiques ont des législations anti-terroristes depuis fort longtemps et même des groupes de magistrats spécialisés, aussi bien au parquet qu’à l’instruction et je ne crois pas que ces Etats en soient, pour le coup, moins démocratiques.

Cela étant, et je sais que je vais en faire bondir plus d’un, je ne crois pas une minute au « tout judiciaire ». Le traitement judiciaire du terrorisme me semble être l’idéal à atteindre, mais ce n’est pas toujours possible et il existe, fort heureusement, d’autres méthodes. Je pense, par exemple, que, si le terroriste se trouve dans un endroit ou la main de la justice ne peut ni l’attraper ni le frapper (la Somalie, l’Afghanistan, certaines parties du Yémen, Gaza…) et que l’on a de bonnes raisons de penser qu’il présente un danger réel et relativement imminent, il est juste et légitime d’utiliser tous les moyens, y compris les éliminations ciblées, pour le mettre hors d’état de nuire. Les services spéciaux et les forces spéciales existent, entre autres, pour cela.


3) Sur la torture

Reste la question de la torture. On m’avait déjà accusé, il y a quelques années, suite à, un passage à « Pièces à Convictions », sur France 3 d’être un tortionnaire en puissance, ou même un « Nazi », les plus hargneux me traitant de « Nazi Juif » (sic !). Tout cela parce que, commentant le sort de charmants jeunes gens arrêtés dans un camp de Ben Laden en Afghanistan, j’avais expliqué qu’il ne valait quand même pas qu’ils s’attendent à être accueillis avec des fleurs et que leur sort me laissait assez indifférent. Ces braves petits, précisons-le, estimaient que l’Afghanistan lapidant les femmes adultères était un modèle à propager au plan mondial et s’entraînaient en vue de commettre des attentats en Europe.

Trois ou quatre ans plus tard, rebelote : me revoici soupçonné des pires desseins liberticides.

C’est un débat difficile mais je ne compte pas l’esquiver. Je souligne que ce qui suit est une position générale, elle n’est pas à mettre en rapport ave le sort particulier de M. Aarrass.

Le plus simple serait, évidemment, de dire que je condamne la torture. Toujours et partout. Point final et fin du débat, allez voir ailleurs si j’y suis.

Alors, oui, bien entendu, je condamne la torture physique et mutilante, qu’il s’agisse de coups, d’usage de l’électricité, de chocs, de l’utilisation forcée de « positions stressantes », de waterboarding ou d’autres brutalités quasi médiévales du même type. Et je condamne le fait d’obliger un détenu, quel que soit son crime, à vivre dans des conditions inhumaines et dégradantes, fait que j’assimile à une torture.

Toutefois – car, bien entendu, il y a un « mais » -, je peux admettre, dans des cas exceptionnels, l’usage, limité dans le temps et dans l’intensité, d’une certaine dose de brutalité afin d’obtenir rapidement un renseignement opérationnel pouvant sauver des vies. En d’autres termes, si l’on a sous la main un terroriste qui a posé une bombe ou qui sait où elle a été disposée et que cette bombe, qui sautera dans quelques heures ou quelques jours, tuera des innocents, je crois que l’on peut utiliser des méthodes « dures ».

Après tout, il ne faut pas oublier que le tueur et la victime s’ils ont tous les deux des droits, ne sont pas, ne seront jamais, sur une position d’égalité. D’un côté on a une victime qui, par définition n’a rien demandé à personne et est innocente et, de l’autre, un individu qui a sciemment choisi d’utiliser la violence extrême contre des innocents. Cet individu peut et doit s’attendre à ce que son choix l’expose à quelques désagréments… Qui me contredira si j’affirme, que s’il avait été possible d’éviter le massacre du 11 septembre ou les attentats de Madrid ou de Londres en brutalisant UNE SEULE personne il fallait le faire ? Certainement pas les enfants qui, depuis toutes ces années, grandissent sans leur père ou leur mère. Ou, même, privés des deux. Et certainement pas ceux, qui, atrocement mutilés, gisent sur des lits d’hôpitaux qu’ils ne quitteront jamais.

Mais même dans ce cas extrêmes et, je le répète, exceptionnels, je réprouve les méthodes les plus dures. Il existe des possibilités de coercition physique stressante (pressions psychologiques, privation de sommeil, désorientation spatio-temporelle, menaces etc.) qui permettent d’obtenir rapidement le renseignement nécessaire.

Dans tous les autres cas je condamne totalement et sans réserve la torture qui détruit autant celui qui la pratique que celui qui la subit. Et tout particulièrement, bien entendu, quand elle est utilisée non pas dans le but d’obtenir un renseignement précis qui sauvera des vies mais dans celui de punir ou d’humilier, comme ce fut le cas dans l’horrible geôle d’Abu Ghraïb, en Irak.

Quant au renseignement n’ayant pas une utilité directement opérationnelle, il existe des méthodes psychologiques « douces », bien connues des spécialistes, basées sur la manipulation, le mensonge, les effets de dynamique de groupe et autres - qui permettent des résultats extrêmement probants : par exemple dresser ou préciser des organigrammes de groupes qui, le moment venu, permettront de les éliminer, ou mieux comprendre les mécanismes de décision et d’exécution, ce qui permettra de mieux protéger les cibles potentielles et de définir les responsabilités de chacun.

Ces lignes, je le sais, en feront hurler plus d’un qui y verront la confirmation de mes idées détestables et, plus généralement du fait que la lutte contre le terrorisme couvre tous les abus et toutes les violations des droits de l’Homme. Je n’admire pas ces âmes pures. Je les plains. Personne ne veut ramasser les ordures, c’est entendu, mais chacun souhaite que les rues, au matin, soient propres. Il en va de même du combat contre la terreur et la grande criminalité : pour défendre la société et protéger les innocents, il est parfois nécessaire de se salir les mains. C’est extrêmement regrettable, mais c’est comme cela. Et après tout, "ce n'est pas nous qui avons commencé"!

Je sais également que ceux, qui, aujourd’hui, disent défendre les libertés contre l’Etat seront les premiers, demain, si une bombe explose et tue à demander gravement pourquoi rien n’a été fait « pour empêcher cela ».

Chacun a les combats qu’il peut et veut avoir. Que chacun se débrouille avec sa conscience. La mienne est tranquille et si, parfois, un doute ou un regret m’assaillent, je pense aux inconnus que l’action du service auquel j’ai naguère appartenu (et l’action de mes camarades et amis resté en service actif dans bien des pays) a protégé et qui ne sauront jamais à quoi et à qui ils doivent d'être en vie. Et je me sens, tout de suite, beaucoup mieux.